Arnaud Pfeffer


Bonjour Arnaud, est-ce que vous pourriez vous présenter ? 

Je m’appelle Arnaud, j’ai 28 ans et je travaille comme designer dans l’agence d’innovation Possible Future à Paris.


Quelle est votre pratique et depuis quand y travaillez-vous ?

Je suis designer dans l’agence d’innovation Possible Future, que j’ai rejoint début 2018. Mon travail consiste à concevoir des produits et services pour des entreprises. À travers ces projets, je suis amené à réfléchir aux nouveaux usages, nouvelles tendances de consommations, nouveaux enjeux sociaux, écologiques, économiques, et à les tester auprès des futurs utilisateurs. C’est un travail d’itération entre nos idées et la réalité du terrain. Nous donnons forme à nos idées très tôt dans nos projets pour pouvoir les confronter, tester des mécanismes, simuler des services, etc. Le prototypage de ces idées représente une grande partie de mon travail. Je poursuis cette démarche de prototypage en parallèle de mon activité, à travers ma pratique du dessin robotisé dans laquelle j’expérimente les liens entre physique et digital.


Comment êtes-vous arrivé là ?

J’ai une première formation en ingénierie mécanique et industrielle, que j’ai complétée avec une formation en création industrielle. J’ai une fascination pour les procédés de fabrication: j’ai eu l’occasion de travailler avec des ateliers de bottier, des entreprises de sérigraphie électronique,ou encore réfléchir à des lignes de production de produits alimentaires. À chaque fois, la place de l’outil a été au cœur de ma réflexion. Au delà de l’aspect fonctionnel de ces procédés, j’y vois l’occasion de développer un outil de recherche formel.



Quels sont les médiums que vous utilisez ? 

Mes outils de prédilection sont ceux des makers : imprimantes 3D, plotter de dessin, découpe laser… que je combine généralement avec des outils d’autres univers: pinceaux et feutres pour l’univers graphique, pâtes et ingrédients pour l’univers alimentaire, etc.



Qu'est-ce qui définit votre travail ?

Le prototypage est au cœur de ma démarche : je pense au travers des outils que j’utilise. Quand je travaille sur un projet, je commence par définir les outils qui vont servir à sa réalisation : dessin, machine, code, etc. En travaillant directement avec ces outils je peux comprendre leurs limites et surtout leur vocabulaire.


Travaillez-vous sur d'autres projets extérieurs à ce métier ?

Ma pratique du dessin robotisé est déjà extérieure à mon métier en agence. Pour autant, ces notions de recherche et de prototypage sont centrales dans mes deux activités.


Une création pour nous faire rentrer dans votre univers ?

Les Twitched Drawings sont assez représentatifs de mon travail sur l’outil. Il s’agit d’une série de lignes à l’encre acrylique tracées avec un pinceau plat. Pour cette série, j’ai bricolé un support pour donner un mouvement de rotation à mon pinceau. Je peux ainsi contrôler sa rotation en même temps que sa translation. Ces mouvements combinés permettent de créer des effets de vitesse, de superposition, de couches. La trace laissée est toujours différente. À travers cette série je cherche à explorer quelle sensibilité nous pouvons donner à des tracés réalisés par des machines.



Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?

En ce qui concerne le dessin, mon processus de création est contenu dans mon processus de recherche: j’apprends à maîtriser mon procédé en même temps que je produis de nouveaux dessins. Pour chaque dessin, je commence par identifier les outils que je veux utiliser. J’obtiens alors les premières règles que je vais pouvoir appliquer pour mettre en avant le vocabulaire formel de chaque outil. Ensuite, je dessine mes tracés sur Rhino et Illustrator et les intègre dans ma machine. Les premiers résultats donnent souvent des résultats inattendus par rapport au tracé initial.

J’itère donc mon tracé pour mettre en avant ces aléas.


Quelles sont vos sources d'inspiration? Comment arrivez-vous à rester créatif ?

Je m’inspire beaucoup des autres secteurs de production et des connexions que l’on peut tisser entre eux : graphisme et électronique, design produit et design culinaire, peinture et plotter…

De plus, j’essaie de partager assez rapidement mes productions, les retours sont en général très enrichissants et inspirants. Cela me force à tester de nouvelles idées.


Quels sont vos futurs projets ?

J’ai envie de continuer d’expérimenter autour de l’outil à dessiner, en réalisant mes propres outils ou passant à une autre échelle, notamment via une machine à dessiner XXL.

Chez Possible Future, je travaille également à la réalisation d’une série d’interviews autour du prototypage et du processus de création. Chaque mois, nous interrogeons un créateur (artisan, game designer, graphiste…) sur sa pratique du prototypage

(disponible sur Medium : @arnaudpfef)


Selon vous quel rôle est celui d'un artiste (designer ou artisan) dans le monde d’aujourd’hui ?

Selon moi, le rôle du designer est de questionner son environnement et de garder un regard critique sur notre système de production. Dans ma formation d’ingénieur, on m’a appris à réfléchir aux systèmes que je concevais sous l’angle du « comment » : Comment les faire fonctionner ? Comment les rendre plus performant ? Dans ma formation de designer, j’ai appris à concevoir ces mêmes systèmes mais sous l’angle du « pourquoi ».


Votre Artiste (ou designer / artisan) préféré ?

En ce moment, Yuri Suzuki et la poésie de ses installations robotisées.


Un livre ou une émission à nous conseiller ?

Le podcast Chef d’œuvre de Marion Chatel-Chaix autour du processus de création des artisans des métiers de bouche.

Un compte Instagram qui vous inspire ?

Le compte hypnotique de @machinepix





08/05/2021


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