Frédéric Saulou


Bonjour Frédéric, est-ce que vous pourriez vous présenter ? 

Frédéric Saulou, 32 ans, designer d'objets et d'espaces, Bretagne, Rennes.


Quelle est votre pratique ?

Je suis designer d'objets et d'espaces.



Comment êtes-vous arrivé là ?

Je voulais faire de l'architecture au premier abord. J'ai toujours été fasciné par les volumes, les proportions, les détails, les matériaux et le beau. Mon intérêt pour l'architecture m'a conduit à m'intéresser à l'échelle de l'espace intérieur puis à celle de l'objet. Cela s'est fait au fur et à mesure.


Quels sont les outils que vous utilisez ? 

J'utilise beaucoup le dessin, un peu de logiciel DAO et PAO, et sinon mes mains pour le travail de maquette / prototype / taille de pierre.


Qu'est-ce qui définit votre travail ?

Mon approche singulière de la pierre s'associe à des savoir-faire spécifiques issus d’un héritage culturel et technique qui s’inscrivent dans une démarche plastique et artistique afin de repenser la matière locale et son histoire à l'échelle contemporaine. J’essaye de raconter une histoire, mon histoire, au travers des matériaux dit pauvres issus du bâti et pour lesquelles j’éprouve une sensibilité particulière. On peut alors parler de design d’auteur. Nous sommes à l’opposé d’une production industrielle, privilégiant des éditions uniques ou limitées, signées et numérotées. Je projette des pièces sculpturales au delà parfois de la fonction ou les frontières sont tangibles, entre art et design.


Travaillez-vous sur d'autres projets extérieurs ?

Non. Cependant mon travail est hybride, je travaille de l'objet à l'espace, à la scénographie aussi bien qu'à la direction artistique. C'est un ensemble.


Une création pour nous faire rentrer dans votre univers ?

Projet Domestiquer : D’origine angevine, je m’interroge sur l’héritage post-industriel de l’utilisation de la matière minérale locale et je m’intéresse à la création de pièces fonctionnelles liées à l’habitat en questionnant l’histoire, le minéral et son impact usuel entre l’art et le design. Je détourne, démocratise et valorise l’ardoise et le calcaire. Je confronte les savoir-faire artisanaux et industriels à des fins créatives en réinterprétant la matière.

« Domestiquer » est un projet de réinsertion du patrimoine avec une démarche de design d’auteur, nourri de rencontres partenariales et collaboratives entre des pensées créatives et économiques. De la confrontation entre les unités de production industrielle et artisanale naissent de nouvelles applications de la matière minérale et des métiers de la pierre et je me penche alors sur l’adaptabilité au monde domestique de ces objets hybrides. Les moyens de production artisanaux et industriels influencent implacablement la forme et se trouvent être le prolongement technique et esthétique du façonnage de l’objet. L’ensemble des pièces avec un dessin simple et abrupt met la matière première et l’outil à l’honneur. Je crée aussi des parallèles entre l’art et le numérique, prétexte à la rencontre entre des temporalités, des techniques et des contraintes différentes. Hier comme aujourd’hui, les matériaux traditionnels comme l’ardoise et la pierre calcaire ont fait leurs preuves et participent pleinement à l’écriture de l’histoire. Ces minéraux sont hélas parfois considérés comme « pauvres» et je m’efforce alors de rappeler l’origine de leur utilisation. Ils sont la base de la création de l’habitat moderne et je leur rends modestement hommage en les réinventant. Détournés de leurs fonctions premières, ils deviennent objets et s’immiscent enfin dans l’espace domestique. Mes créations à partir de ressources naturelles sont l’objet d’un véritable travail archéologique qui fait se côtoyer l’héritage des symboles de la construction et les codes des ouvrages modernes. Elles ont alors une identité avec une esthétique maitrisée, simple et brute et s’inspirent des codes de l’architecture comme levier créatif. Les volumes sont simples mais construits. L’immersion de la matière dans l’espace est pure, comme si l’objet avait toujours été présent, qu’il faisait partie des murs. Je privilégie une écriture visuelle et parfois primitive que je trouve rassurante et pleine d’aplomb. Les formes rondes et décoratives répondent aux lignes droites et pures, non sans rappeler les périodes de l’ornementation à la rationalisation de l’espace des années 90. Les outils et les lignes se lisent au travers de nouvelles formes architecturalement modernes mais élémentaires à l’image de sculptures monolithiques et géométriques. Il y a une économie de moyens qui fait la part belle à l’évidence dans une dimension monumentale où habitat et environnement se mêlent.



Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?

Premièrement, j'élabore des idées dans ma tête. Je m'amuse à penser et réfléchir en volume. Puis je passe au dessin pour traduire ces idées, et ensuite en maquette pour les formaliser. Entre les deux s'ensuit un travail d'évolution de projet et de développement. En parallèle, selon les outils / savoirs faire que je vais utiliser en fonction du projet, je vais à la rencontre des industriels / artisans pour échanger sur le projet, faire une étude technique. Je dessine alors des plans et on fait des mises au point. Puis si le projet aboutit je développe un prototype.



Quelles sont vos sources d'inspiration ? Comment arrivez-vous à rester créatif ?

L'architecture dans son ensemble m'inspire beaucoup, les processus de fabrication aussi. C'est passionnant et beaucoup d'idées me proviennent du façonnage, de l'outil, du processus. Et bien entendu la nature. Mon travail est minimaliste et primitif, l'environnement est intégré dans mes travaux à travers la matière brute, les effets de la pierre et ces textures. J'essaye de rester en éveil, de m'intéresser, d'être curieux, de continuer la recherche matériaux. Cela me permet de nourrir ma créativité.


Quels sont vos futurs projets ?

Je travaille sur une nouvelle ligne d'objets en pierre calcaire taillée par mes soins entre sculpture lumineuse et objet contemplatif. Aussi, sur une nouvelle collection de mobilier à l'architecture très prononcée entre illusion et fonction. Enfin divers collaborations sont en cours d'élaboration.


Selon vous quel rôle est celui d'un artiste (designer ou artisan) dans le monde d’aujourd’hui ?

De raconter des histoires, de poursuivre un héritage et de mettre en abîme les savoirs.


De quoi vous ne pourriez plus vous passer ?

Des paysages.


Ton Artiste (ou designer / artisan) préféré ?

Atelier Lucile Viaud et le verre marin.


Un livre ou une émission à nous conseiller ?

La laideur se vend mal. Raymond loewy.

Une destination rêvée ?

La Bretagne, chez moi :)




15/11/2021

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