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Agnès Sevestre



Bonjour Agnès, est-ce que vous pourriez vous présenter ? 

Je m'appelle Agnès, j'ai 31 ans, je suis Maître artisan en métiers d'art ciseleuse, et je vis et travaille à Paris.


Quelle est votre pratique ?

Je suis ciseleuse depuis 2014, à mon compte depuis 2018 lorsque j'ai créé mon entreprise, A.S. Bronze d'art.



Comment êtes-vous arrivée là ?

L'univers des ateliers m'est familier car mon grand-père était artisan : il réparait des télés et des radios, et était passionné de bois et de mécanique, donc je l'ai toujours vu travailler dans son atelier (il a même commencé à se construire un petit avion !). Je n'avais pas imaginé en faire un métier car je connaissais très peu les métiers d'art, même si j'avais déjà fait quelques stages de mosaïque, de tapisserie, et pris des cours de dessin étant petite. J'ai tenté l'école Boulle pendant mon hypokhâgne, pensant ne pas être prise car c'est une école publique très prisée et on y rentre uniquement sur dossier. J'ai été acceptée en atelier de ciselure, formée par Guillaume Estrade, Meilleur Ouvrier de France ; j'ai fait plusieurs stages chez des artisan-es extraordinaires et passionnées qui m'ont montré toutes les possibilités de création autour du métal, et c'est aussi devenu ma passion ! En sortant de l'école Boulle en 2014, j'ai d'abord été salariée, mais j'ai vite compris que si je voulais une entreprise qui me corresponde parfaitement, je devrais tout simplement créer la mienne. C'est ainsi qu'A.S. Bronze d'art est née en 2018. Depuis, je partage mon temps entre mes créations et de la sous-traitance, car la ciselure est un métier pratiqué par seulement 150 artisan-es en France aujourd'hui, les entreprises artisanales sont donc en demande. Et je donne aussi des cours de ciselure, tout publics, pour faire redécouvrir ce métier et parler des formations qui existent !


Quels sont les outils que vous utilisez ? 

Le laiton et le cuivre sont les principaux matériaux que je travaille et façonne, grâce à mes outils appelés ciselets. Les ciselets ne se trouvent pas dans le commerce, je les forge moi-même, je peux donc leur donner une infinité de formes et de textures qui laisse une très large place à la création. Chaque tôle de métal, d'aspect rigide et froid, c'est comme rencontrer une nouvelle personne : au fur et à mesure, on apprend à la découvrir, à jouer avec elle, et ses défauts peuvent devenir ses qualités. Le côté brut du métal laisse souvent place à beaucoup de souplesse et de sensualité quand on sait le travailler.


Qu'est-ce qui définit votre travail ?

Ce qui définit le plus mon travail, ce sont les courbes. Que ce soit celle d'un pétale, d'un corps ou d'un paysage, la rondeur et la douceur des lignes courbes m'apaise beaucoup, et j'essaye de transmettre ça à travers le métal dans mon travail.


Travaillez-vous sur d'autres projets extérieurs ?

Oui et non : je fais partie depuis 2015 de l'association Etto, qui regroupe des artisan-es créateur-trices, et nous travaillons en ce moment à la création d'une boutique en ligne mutualisée pour les membres de l'association, qui devrait voir le jour dans le courant de l'année (mi vie associative, mi métiers d'art).



Une création pour nous faire rentrer dans votre univers ?

La sculpture Face, créée en 2019 durant une résidence artistique dans l'atelier partagé du collectif Edward Tisson. C'est un dérivé de ma pièce de Diplôme des Métiers d'Art en ciselure que j'avais réalisée en 2013, sans grande conviction. Je me suis réapproprié le concept original de l'œuvre : le travail autour des plis de la peau, du temps qui s'y inscrit, pour admirer simplement notre histoire qui s'écrit quand l'âge avance, et méditer sur notre beauté qui ne diminue pas, mais évolue. C'est un visage érodé, en cuivre, ciselé, repoussé et patiné, qui montre à la fois l'apaisement de l'acceptation de soi, et le caractère très éphémère du corps physique.



Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?

Tout commence par le dessin, même si ce n'est parfois qu'un croquis sur un post-it. La ciselure est une technique d'ornementation : ce qu'on dessine sera ce qu'on va reproduire sur le métal, donc je dessine beaucoup. Mes carnets sont d'ailleurs remplis à moitié d'idées que je n'ai jamais réalisées, mais de temps en temps je m'y replonge et je retravaille certaines créations. J'aime beaucoup passer directement au prototypage, en travaillant tout de suite la matière pour voir si les limites techniques du matériau vont me permettre ou non de réaliser mon idée jusqu'au bout. Je fais aussi beaucoup de tests de patines, à froid ou à chaud, qui permettent de colorer le métal en récréant son oxydation naturelle : les derniers tests ont donné naissance à la série Paysages, des tableaux en laiton ciselé et patiné.


Quelles sont vos sources d'inspiration ? Comment arrivez-vous à rester créative ?

C'est très bateau, mais la nature est une source inépuisable d'inspiration. Que ce soit pour les motifs, les compositions d'ornement, les textures, les volumes ... C'est si vaste ! On peut tout recréer à partir du monde qui nous entoure. Parfois il me suffit d'une balade en forêt ou d'une fleur qui pousse dans la rue pour avoir une idée. Je me nourris aussi beaucoup d'expositions, quel que soit leur sujet : habitant à Paris j'ai la chance d'avoir énormément de musées à portée de main, et ce sont souvent de belles découvertes.



Quels sont vos futurs projets ?

Le lancement d'une nouvelle collection de bijoux au printemps, et une collaboration autour d'une pièce d'exception avec une conceptrice en horlogerie pour mélanger nos savoir-faire qui sortira en 2024 ; plus quelques salons et portes ouvertes à l'atelier au cours de l'année.


Selon vous quel rôle est celui d'un artiste (designer ou artisan) dans le monde d’aujourd’hui ?

Juste après la crise du Covid, on a beaucoup parlé du "monde d'après" : consommer moins mais mieux, faire attention à la planète qui brûle, réduire les inégalités ... On en est encore loin, mais c'est un rôle essentiel pour les artistes d'en parler, de transmettre un message, d'avoir des bonnes pratiques pour montrer l'exemple à notre échelle. Je réalise mes créations uniquement à partir de chutes de métaux que je rachète à de plus grosses entreprises artisanales, j'utilise le moins de produits chimiques possibles, et je ne fais que des livraisons en France métropolitaine pour limiter mon empreinte carbone (sans parler de trier les déchets à l'atelier, qui est aujourd'hui, je l'espère, une évidence pour tout le monde). On a beaucoup dévalorisé les métiers manuels, en les mettant en opposition avec les métiers intellectuels, pendant des années : aujourd'hui de plus en plus de gens se reconvertissent dans l'artisanat d'art pour trouver du sens à ce qu'ils font, pour créer, pour produire quelque chose de beau et/ou d'utile, à l'opposé des bullshit jobs qui ont fleuri ces dernières décennies et de la surconsommation de la production industrielle. Je pense sincèrement que l'artisanat a le pouvoir de changer le monde, que ce soit en ramenant le temps au cœur du mode de production des objets et des œuvres (consommer moins mais mieux) ; en revoyant le modèle actuel du monde du travail vers un fonctionnement plus horizontal (par exemple les ateliers partagés ou les fablabs) ; ou en sortant de la surconsommation pour n'acheter que des pièces dont on a besoin, qui nous font plaisir, et qui sont créées et réalisées avec une véritable éthique, une durabilité et une beauté. Ramener du beau dans le monde pour le réenchanter et le faire évoluer !


De quoi vous ne pourriez plus vous passer ?

Mon smartphone malheureusement, essentiel pour pouvoir gérer l'organisation et la communication de mon entreprise (mais un moment de déconnexion de temps à autre fait du bien !)


Ton Artiste (ou designer / artisan) préféré ?

En ce moment, j'aime beaucoup les créations de Myrte Studio : cette designer collabore avec des artisan-e-s brodeuse, céramiste, souffleuse de verre pour réaliser des pièces d'exception.


Un livre ou une émission à nous conseiller ?

Le Floodcast, un podcast de Florian Bernard et Adrien Ménielle, tous les deux auteurs. Très drôle et toujours en lien avec le monde de la création, dans un domaine différent du mien.

Un compte Instagram qui t'inspire ?

@mdma_paris pour les problématiques très actuelles des métiers d'art que Sandra soulève.


Une destination rêvée ?

Une plage au soleil !


13/02/2023





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