Charlotte Kaufmann



Bonjour Charlotte, est-ce que vous pourriez vous présenter ? 

Je m'appelle Charlotte Kaufmann, j'ai 33 ans. Je viens d'installer mon atelier de création textile à Aubusson.


Photographie: Sébastien Le Clézio



Quelle est votre pratique et depuis quand y travaillez-vous ?

Je suis créatrice textile : je conçois des textures singulières en tissage, broderie et dentelle au fuseau. J'ai créé mon atelier fin 2016, auparavant je travaillais en freelance en France et en Inde pour différentes entreprises du secteur textile.


Comment êtes-vous arrivée là ?

La découverte du textile a été un cheminement et le fruit de rencontres car au départ je me rêvais sculpteur. J'ai intégré les Beaux Arts de Paris en ce sens mais très vite déçu par le manque de rigueur technique je m'oriente vers un métier qui m'apparaît plus ouvert et transversal à la croisée de la création et du savoir-faire : la création industrielle. J’intègre alors l'ENSCI-Les Ateliers pour devenir designer industriel. Au sein de cette école se trouve le département tissage et je découvre pour la première fois des métiers à tisser. Coup de foudre !! Je n'avais jamais imaginé les coulisses d'une étoffe, tout le travail de construction d'un tissu me fascine : du choix des matières au travail des couleurs, c'est un travail de ressenti et de rigueur qui résonne profondément en moi. Je m'oriente vers le DMA tissage de l'école Duperré pour me former au tissage. Je m'initie en parallèle de mes études à la dentelle au fuseau auprès du maître d'art Isabelle FOUREZ. Puis je me forme à la broderie en Inde grâce à une bourse de l'UNESCO et de la Fondation Culture et Diversité. Après avoir travaillé un an en Inde au sein d'un studio de broderie, je rentre en France et décide de créer mon propre atelier pour garder la création et la matière au cœur de mon travail.

Quels sont les médiums que vous utilisez ? 

Le tissage, la broderie, la dentelle au fuseau, le dessin et la photographie.


Photographie: Sébastien Le Clézio


Qu'est-ce qui définit votre travail ?

J'ai une approche très expérimentale de mon métier. Je considère le métier à tisser comme un outils de recherche et de création avec lequel je peux m'exprimer de manière sensible pour créer des matières inédites. Il y a à la fois un cadre très technique, car le tissage est un savoir-faire complexe et méticuleux, et en même temps j'essaye sans cesse de repousser ces limites techniques et d'envisager le textile avec un regard totalement différent.



Travaillez-vous sur d'autres projets extérieurs ?

Je travaille sur un projet au Cachemire où l'on tisse une fibre rare : le pashmina (le plus fin et le plus chaud des cachemires). C'est un savoir-faire ancestral avec des artisans au sommet de leur art où j'essaye d'apporter mon regard contemporain et ma culture pour créer des pièces d'exception. L'enjeu est de valoriser leur savoir-faire et d'en assurer la transmission par des pièces contemporaines qui parlent à la génération actuelle. Ce projet s'appelle Mir Art Gallery.


Une création pour nous faire rentrer dans votre univers ?

La pièce NEST I a pour inspiration la structure du nid d’oiseau et nous projette dans un monde de métal où l’environnement se serait figé. La nature reprenant son chemin, les animaux, les oiseaux se seraient adaptés, construisant des nids métalliques. Les fils de cuivre et de fer de différents diamètres contrastent avec la finesse du fil écru mettant en exergue la fragilité et la délicatesse technique du nid. Implicitement NEST I pose la question de l’évolution de notre environnement et de son habitabilité à toutes les échelles : humaine, végétale, animale... Si même les nids d’oiseaux sont en métal à quoi ressemble cette nouvelle planète Terre ? Le nid devient un indice, une trace du monde qui l’entoure et que le regardeur est invité à imaginer. Cette pièce exprime également la résilience et la force de vie de la nature qui mute et se transforme sans cesse.



Pouvez-vous nous parler de votre processus de création ?

La matière est toujours le point de départ d'une recherche qui aboutit ensuite à une création. J'aime partir d'un matériau inattendu, "hors champ" du textile (le papier, le métal, le cuir.....) et l'associer à des fibres naturelles (laine, lin, coton..). Ce croisement de matières je le travaille avec des gestes intuitifs, non pas à la manière d'un tisserand mais comme un peintre devant une toile. C'est un travail de ressenti, où la main et l’œil avancent ensemble pour veiller à l'équilibre de la composition mais aussi à la structure du textile et à sa qualité finale.


Quelles sont vos sources d'inspiration? Comment arrivez-vous à rester créative ?

Mes principales sources d'inspiration sont les « architectures instinctives » d'origine minérales (les strates, les déserts...), végétales ou animales tel que les nids d’oiseau, nids d’abeilles… La manière dont la nature est structurée m’inspire, cette "géométrie dans l'organique" est fascinante et infinie.


Quels sont vos futurs projets ?

L'exposition AD Matières d'Art du 28 mai au 6 juin 2021 où j'y expose 5 nouvelles créations.


Selon vous quel rôle est celui d'un artiste (designer ou artisan) dans le monde d’aujourd’hui ?

Découvrir de nouveaux chemins.


De quoi vous ne pourriez plus vous passer ?

De créer.

Ton Artiste (ou designer / artisan) préféré ?

Vija Celmins


Un livre ou une émission à nous conseiller ?

Le podcast The Craft Project

Un compte Instagram qui vous inspire ?

Daakvaak

Une destination rêvée ?

Le Cachemire






17/03/2021



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